La Presse le 21 Mai 2015 – Conserver des liquidités

Chaque semaine, un financier répond à nos questions. Il donne sa lecture des marchés, offre son point de vue sur la Bourse et lance quelques conseils d’investissement. Cette semaine, Richard Bolduc, de Harris Bolduc & Associés à Montréal.

Quel a été l’événement le plus significatif des derniers jours en Bourse ?

L’annonce par le nouveau gouvernement albertain d’une augmentation de coûts pour les producteurs d’énergie (redevances, taux d’impôt) a affecté négativement les titres des entreprises dont les activités sont principalement concentrées dans cette province.

Je remarque aussi que l’indice S&P 500 frôle un niveau record, malgré des statistiques mitigées sur la consommation et les difficultés quant à la gestion de la dette de la Grèce qui perdurent.

Quel indicateur suivez-vous le plus attentivement ?

De façon globale, nous suivons les indices reliés à l’évolution de l’emploi et de l’activité économique (commandes manufacturières, etc.).

De façon plus spécifique au niveau des titres en actions que nous achetons, nous utilisons de plus en plus des outils informatiques pour identifier les titres offrant les meilleurs résultats au niveau du taux de croissance des bénéfices, l’augmentation du chiffre d’affaires ainsi que l’augmentation de la détention du titre par les investisseurs institutionnels.

Nous suivons aussi les transactions d’initiés aux États-Unis, plus particulièrement les achats significatifs effectués par les dirigeants qui utilisent leurs ressources personnelles pour augmenter leurs positions.

Nous suivons aussi de près l’évolution du VIX (l’indice de volatilité). Depuis 2013, l’indice se situe sous sa moyenne normale à long terme, ce qui indique un haut niveau de complaisance de la part des investisseurs, nous portant ainsi à adopter une plus grande prudence.

Que feriez-vous avec plusieurs milliers de dollars à investir ?

Je conserverais une forte proportion du montant en liquidités à court terme puisque nous sommes plutôt, depuis quelques mois, en mode de prise de profits sur plusieurs titres qui avaient beaucoup progressé : Valeant, Dollarama, CN, Constellation Software, Facebook, Actavis et Hanesbrands, par exemple.

Suite à la forte et longue progression des marchés, nous avons augmenté les liquidités et réduit les risques de nos portefeuilles. Nous entrons dans une période saisonnière plus difficile et voulons être prêts pour profiter de meilleurs achats qui devraient se manifester plus tard cet automne.

Je profiterais aussi d’une remontée du dollar canadien pour acheter de la devise US : les perspectives au cours des prochains mois me semblent plus favorables du côté américain.

Sur faiblesse, des titres tels que United Technologies, General Electric et Waste Management (que nous avons racheté cette semaine) offrent une diversification que l’on ne retrouve pas sur le marché canadien.

Quel placement évitez-vous à tout prix ?

Nous évitons les obligations gouvernementales à moyenne et longue échéances. Un jour, les taux finiront par remonter.

Les obligations américaines à haut risque liées au secteur de l’énergie pourraient souffrir, advenant un repli du prix du pétrole. Il est encore trop tôt pour acheter agressivement des titres canadiens liés au secteur de l’énergie : la demande pourrait s’estomper une fois le facteur saisonnier derrière nous. Le scénario du prix du pétrole stagnant en dessous de 60 $ US serait néfaste pour le marché canadien.

Qu’est-ce que les marchés sous-estiment le plus ?

L’effet pernicieux du maintien artificiel des taux d’intérêt à des niveaux planchers par les banques centrales. Ce phénomène de taxe indirecte sur la richesse a forcé nombre d’investisseurs à augmenter malgré eux le risque de leurs portefeuilles et contribué à gonfler la valeur des actifs financiers et immobiliers.

Beaucoup d’investisseurs sont à la recherche des mêmes actifs, soit les titres à dividendes élevés. Ce phénomène a aussi contribué au surendettement des consommateurs et des gouvernements.

L’augmentation des profits au cours des dernières années provient majoritairement de réductions de coûts et d’augmentation de la productivité. Pour justifier les cours actuels, il faudra maintenant une augmentation globale du chiffre d’affaires des entreprises ou une croissance économique supérieure au niveau actuel.

Richard Bolduc est président et gestionnaire de portefeuille chez Harris Bolduc & Associés, à Montréal, depuis la création de la firme en 2007. Il travaille depuis plus de 25 ans dans le secteur des services financiers, dont 15 années auprès de deux grandes banques canadiennes dans le domaine du financement aux entreprises. L’actif sous gestion chez Harris Bolduc & Associés s’élève à 160 millions.

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